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Crises et souffrances psychiques : les programmes psychosociaux apportent des réponses
Claire Pirotte

 

 Des programmes qui présentent tous des points critiques

  • Le diagnostic [3]
    Il est fondamental et repose sur l’observation des communautés afin de repérer des individus et/ou des groupes en difficulté. Ce ne sont pas tant les symptômes que leur aspect dysfonctionnel pour une population donnée qu’il faut identifier. C’est le contexte culturel lui-même qui définira si tel ou tel comportement est tolérable par l’ensemble. Ceci souligne l’aspect non reproductible des programmes qui doivent être complètement adaptés aux contextes précis.
    Ce diagnostic initial peut être précoce mais devra être ré évalué souvent, tant les symptômes évoluent avec le temps, et également parce que les communautés mettent en place des stratégies de régulation. Les soutiens familiaux et sociaux restent les facteurs de protection les plus efficaces contre l’éclosion de troubles mentaux et psychosociaux.
    S’il est vrai que des mesures doivent être prises le plus tôt possible après le choc, les programmes doivent cependant impérativement prendre le temps d’une mise en place construite et documentée.
    Les contextes de catastrophes naturelles sont à traiter de façon très différente des conflits armés. Dans les premières, la solidarité des débuts recule la période où les interventions psychosociales peuvent être nécessaires ; dans les seconds la multiplicité des facteurs de risque rend le nombre des sujets et de groupes à soutenir plus élevé.
  • Le concept de vulnérabilité
    Il est intimement lié à l’idée de danger. La vulnérabilité est déterminée tant par la potentialité du risque (probabilité de subir un dommage, une menace ou une perte) que par son impact (le risque de souffrir de ses conséquences). Dans les situations de violence, certaines personnes ou groupes sont plus à risque de subir un traumatisme. Du point de vue de la santé mentale ils présentent plus de probabilité de développer des troubles en fonction de leurs caractéristiques personnelles pré existantes. Les groupes à risque sont les enfants, les personnes âgées, les femmes seules ou non, les malades, les personnes handicapées, les minorités, les personnes endeuillées, les personnes violées, torturées, les ex combattants etc. Mais le contexte fait varier la vulnérabilité ; par exemple une femme combattante peut être non vulnérable puis le devenir dès la démobilisation si son ancien statut devient tabou.
  • Des écueils à éviter
    Comme pour toute action humanitaire il faut être très attentif à la sécurité des bénéficiaires et des intervenants locaux et expatriés, d’autant que le sentiment d’insécurité pèse lourdement sur l’équilibre psychique, pénalisant souvent les bénéfices de l’intervention.
    Une autre dimension essentielle est celle du respect de la confidentialité. _ Toujours impérativement nécessaire pour ne pas stigmatiser les individus ou les groupes, elle prendra également une dimension de protection dans les contextes de conflit en cours.
  • La durabilité
    Les difficultés et les souffrances rencontrées perdurent souvent très longtemps. La durabilité des actions entreprises nécessite des interventions ciblées : information, formation, plaidoyer, tentatives pour intéresser les pouvoirs publics locaux aux dimensions psychosociales quand cela est possible afin qu’ils puissent prendre le relais, etc.
  • La question des ressources humaines
    Toute la littérature est unanime : les équipes de base doivent être composées de membres issus des mêmes communautés que les bénéficiaires. Or le personnel déjà formé « à l’écoute » est rare. Ceci existe cependant chez certains soignants ou travailleurs sociaux et certains pays possèdent parfois un réseau d’assistance psychologique.
    Il faudra identifier, réunir et former ce personnel local pour animer les activités et savoir repérer les groupes ou individus vulnérables. A la formation initiale faite d’alternance entre théorie et pratique, doit s’ajouter une supervision régulière d’autant que ce personnel a souvent subi les mêmes traumatismes que les personnes aidées. Celle-ci est autant nécessaire aux agents de base qu’au personnel plus pointu pouvant pratiquer du counseling par exemple. Il ne suffit pas de proposer des activités occupationnelles, il est nécessaire de leur adjoindre une dimension thérapeutique à travers la restructuration psychique apportée par le jeu ou l’accompagnement social aux activités génératrices de revenus par exemple.
    L’association avec le maximum de partenaires est recherchée : réseaux de santé, tradi-praticiens, leader locaux, enseignants etc.
  • L’évaluation de ces programmes reste à renforcer
    De nombreuses zones d’ombre persistent en ce qui concerne l’évaluation de ces programmes.
    Certains programmes de prise en charge psychologique peuvent bénéficier d’évaluation sur des critères psychométriques [4] référencés.
    D’autres sont obligés d’associer les critères ci-dessus à des critères de satisfaction des bénéficiaires [5].
    Mais dans de nombreux cas les critères d’évaluation sont difficiles à mettre en forme, qu’ils soient quantitatifs ou qualitatifs. Les évaluations d’impact quant à elles sont pour l’instant impossibles à réaliser faute de référentiels antérieurs.
    Les opérateurs comme les bailleurs de fonds travaillent sur cette importante question qui conditionne encore une véritable reconnaissance de ces programmes comme faisant partie intégrante d’un certain nombre d’actions humanitaires.

[3] IASC, Inter Agency Standing Committee, 2008 : http://www.humanitarianinfo.org/iasc

[4] Pour exemple l’évaluation de Thierry Baubet et Col chez les victimes de violences sexuelles à Brazzaville, Congo (2009).

[5] Pour exemple l’évaluation du programme psychosocial de Terre des Hommes – aide à l’enfance au SriLanka 2005 – 2007 réalisée par Claire Colliard.