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L’action humanitaire en France, ses enjeux institutionnels et financiers : histoire d’un engagement

Mots-clés: Architecture de l’aide /

Le 16 novembre prochain se tiendra la Conférence Nationale Humanitaire, fruit d’un processus initié en 2008 par Bernard Kouchner et qui a donné lieu au rapport « Analyses et propositions sur l’action humanitaire dans les situations de crise et post-crise » par Alain Boinet et Benoit Miribel, présentant des recommandations pour l’amélioration du fonctionnement de l’humanitaire français et des relations entre ses nombreuses parties prenantes. Le Groupe URD a largement supporté ce processus en participant au comité de réflexion pour l’élaboration du rapport. Il a par ailleurs contribué de façon dynamique à la préparation de la conférence, en accord avec son rôle d’appui à l’organisation d’espaces de dialogue et de débat entre pouvoirs publics et ONG sur les questions humanitaires et de gestion de crises, tel que clarifié dans une convention avec l’AFD et le ministère des Affaires étrangères et européennes.

Mais cette conférence s’inscrit dans une réflexion plus large et ancienne, portant sur l’amélioration de l’aide et du système humanitaire français, et ses articulations avec le niveau international. Depuis une quinzaine d’années, le Groupe URD est impliqué sur ces enjeux, sur l’analyse des pratiques et des évolutions du secteur.

La question du lien entre l’urgence et le développement est particulièrement complexe, aux niveaux opérationnels, institutionnels et financiers. Dès 1993, elle justifiait la création du Groupe URD (et son nom) et aboutissait en 1997 à la publication de l’ouvrage collectif « Entre urgence et développement : pratiques humanitaires en question », publié à l’occasion des États généraux de la Coopération de 1997. D’autres travaux lui ont fait suite, pour accompagner les efforts d’articulation de ces différents temps de la crise ainsi que pour tirer les leçons des expériences accumulées par les différents acteurs. Une série de travaux sur ce sujet sont disponibles sur le site du Groupe URD.

La réforme de l’appareil français est aussi un vaste sujet et un long processus. Dès 1998, nous avons animé le groupe de travail sur l’humanitaire et ses liens avec la prévention des crises et la réhabilitation au sein de la « Commission Coopération Développement » pour laquelle nous avons produit « Propositions pour la réforme de l’aide publique française : prévoir et gérer les crises, enjeux et structures ». Certaines des recommandations d’alors ressemblent étrangement aux recommandations actuelles, soulignant la difficulté des évolutions institutionnelles… (voir pour cela l’article « la panne humanitaire française » dans Libération, 18/12/2000). En 1998, le président du Groupe URD était nommé au Haut Conseil à la Coopération Internationale (HCCI) et y créait la « Commission crises » dont les travaux ont abouti à un ouvrage collectif « La nouvelle dynamique des crises humanitaires : penser et agir autrement » (Ed Karthala, 2002) ainsi qu’à un avis au premier Ministre en 2000, qui conduisit à la création de la Direction à l’Action Humanitaire (DAH) en 2002 pour remplacer la Cellule de Crise du MAE.

Si les enjeux institutionnels sont importants, les enjeux financiers ne le sont pas moins, y compris en période de tension budgétaire. En 2007, juste avant les élections présidentielles, le Groupe URD organisait avec l’Université Paris XII une conférence sur le sujet « Les relations entre État et ONG : enjeux de pouvoir, enjeux d’argent » ouverte aux représentants des divers candidats et qui permis un débat riche entre divers représentants du secteur. Nos travaux sur les nouveaux donateurs du Golfe ainsi que sur les mécanismes « collecteurs-redistributeurs » éclairent les évolutions des financements humanitaires et en soulignent les enjeux.

Mais ces travaux n’ont de sens que s’ils s’articulent avec les évolutions de l’Europe et des Nations unies. Nous avons ainsi participé à l’élaboration des réflexions de la « Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme » (CNCDH) pour la préservation de l’indépendance de l’humanitaire européen lors de la préparation du Traité de Lisbonne (2005-2006) et avons organisé un travail de fond dès 2008 sur l’application du Consensus européen, avec notamment l’organisation des Universités d’automne de l’humanitaire de 2008 sur ce sujet spécifique.

En liaison avec les Nations unies, notre rapport « Améliorer la capacité des Nations unies à gérer des crises de grande ampleur » (2005) pour la CNCDH proposait un engagement plus fort auprès des différentes instances de l’ONU, afin d’y faire mieux prévaloir certaines idées et principes. Nos travaux au sein de l’ONU pour l’évaluation de la réforme humanitaire et son application pratique (Haïti, Corne de l’Afrique, etc.) ainsi que nos contacts réguliers avec les représentations françaises à New-York et à Genève tentent de renforcer le rôle de notre pays dans les réformes du système des Nations unies en cours.

Enfin, face aux défis globaux de l’aide humanitaire et aux enjeux citoyens qui l’accompagnent, nous participons activement aux débats et aux travaux internationaux qui visent à rendre l’aide humanitaire des Etats plus efficace et juste : participation au Comité scientifique de l’Index humanitaire de DARA, participation aux réflexions de la Good Humantiarian Donorship initiative et enfin contribution aux efforts de l’OCDE pour l’élaboration de directive pour la gestion des situations de fragilité.

Ainsi depuis 15 ans nous accompagnons et stimulons la réflexion pour l’amélioration de l’aide humanitaire. Avec cette conférence et le rapport qui lui sert de trame de fond, il semble que de nouvelles opportunités d’évolution apparaissent, dans un secteur qui semble plus mûr pour s’ouvrir à de nouveaux partenariats : les politiques en place et ceux qui les suivront après mai 2012 sauront-ils saisir l’opportunité pour renforcer une aide humanitaire française bien en retrait face à nos voisins devant les défis à venir ?