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Fragilité des sociétés, fragilité des Etats
François Grünewald

 

 Les interrogations des ONG

 

États ou processus

Une des clés de la réflexion est l’introduction du facteur temps et de l’aspect dynamique des processus. Les concepts « dynamiques » de fragilisation, de délégitimation et relégitimation sont des concepts qui semblent plus opérationnels, car représentant des process sur lesquels on peut agir.

Ces situations doivent être analysées dans leur complexité (mais attention à ne pas tomber dans le piège de la simplification) et de façon dynamique. Plutôt que de parler de fragilité et de légitimité, nous parlerons de « fragilisation » et de « légitimation ». Ces situations sont souvent dangereuses : elles produisent notamment des « métastases » locales et régionales qui contribuent à l’érosion de la légitimité des États et du capital social, à l’effritement des fondements éthiques et moraux des sociétés, à l’abrasion les bases écologiques des systèmes paysans et urbains.

 

Question de la légitimité de l’État et de la société, et de leur interaction

Il existe une tension permanente entre deux finalités : permettre aux populations d’accéder aux services de base, pour qu’elles vivent mieux et reprennent confiance via la perception de « dividendes de la paix et de la stabilité » ou mettre l’accent dans la durée sur le renforcement des appareils d’État, le retour à (ou la mise en place de) une bonne gouvernance technique et financière, et la légitimation du pouvoir politique et de ses institutions. La reconstruction ou la consolidation de l’État ainsi que sa légitimation aux yeux tout à la fois de la société locale et du monde extérieur (théorie du double-bind) sont de plus en plus perçues comme à la fois une condition de la réduction de la fragilité et un objectif fondamental de l’aide dans ces situations caractérisées par la perte d’efficacité des administrations, la crise du pouvoir politique, la fragilisation de l’unité nationale et le renforcement des fractures ethniques, religieuses et régionales. Cet objectif achoppe cependant sur la faiblesse des capacités d’absorption de l’aide par l’État en question, faiblesse qui peut être dramatique au niveau local de l’administration ou du pouvoir décentralisé qui manquent tout à la fois de compétences techniques, de moyens humains et d’aptitude à gérer les ressources financières éventuellement mises à leur disposition. Le risque de « tout État » est donc que les populations attendent longtemps la matérialisation des services que l’État est censé leur apporter, ce qui en sapera la légitimité tout comme l’image de la communauté internationale dispensatrice de l’aide.
On a souvent tendance dans ces contextes de fragilité, à opposer État et sociétés. Pour les sociétés dites « civiles », la question n’est pas « moins d’État », mais « mieux d’État » ce qui passe parfois aussi par plus d’État. Le contraire de la « fragilité », c’est en effet un État capable et responsable, une société engagée et plurielle, une économie permettant à la fois à l’État d’assurer son rôle opérationnel, normatif et de contrôle via la fiscalisation, et à la société d’assurer la majeure partie de ses besoins.


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